Nous, soussignés, docteurs en médecine, chargés d'examiner la nommée Sophie B…, femme M…, inculpée d'assassinat commis sur la personne de son fils, âgé de moins de 4 ans; de rechercher quel était son état mental au moment du crime qui lui est imputé, quel est son état mental actuel, et de déterminer si elle doit être considérée comme responsable de ses actes, avons consigné dans le présent rapport le résultat de notre examen:
Sophie B…, femme M…, âgée de 45 ans, s'est mariée au mois de novembre 1861. À la suite de la mort de son premier enfant, en 1862, elle fut atteinte d'un accès de délire mélancolique; pendant trois semaines, elle resta dans un état voisin de la stupeur, ne parlant pas, ne voulant plus manger, indifférente à tout, ne prenant aucun soin d'elle-même, ne se souvenant de rien, et son mari nous affirme qu'elle était alors beaucoup plus malade, en apparence du moins, qu'elle ne l'est aujourd'hui. Cet accès dura six semaines environ.
En 1864, elle accoucha d'un garçon qu'elle nourrit elle-même, ce qui la fatigua beaucoup; elle fui assez triste pendant quelque temps, mais elle n'eut pas de délire.
Le mari travaillait beaucoup, le ménage était dans l'aisance, et, de son propre aveu, elle était heureuse. En 1866, elle eut au mois d'avril une hémorrhagie utérine très-abondante et qui la laissa longtemps dans un état de faiblesse extrême, que vint accroître encore une cholérine à la fin du mois d'août. L'hiver fut pénible à passer pour elle; elle ne put travailler, elle en conçut une tristesse profonde, mais sa raison ne fut point troublée; elle n'avait qu'une crainte exagérée d'être un jour complètement incapable d'élever son enfant auquel elle témoignait une vive affection et dont elle prenait le plus grand soin. Vers le mois de juillet 1867, sa santé s'altéra et déclina de plus en plus jusqu'au mois de janvier 1868, où elle donna de nouveaux signes de mélancolie. Affaissée, languissante, incapable de toute occupation, inaccessible à toute distraction, elle se plaignait d'être fatiguée de vivre, et plus d'une fois elle dit à son mari, à quelques amis: «Je voudrais mettre ma tête dans un trou» ajoutant: «Pauvre homme, je ne suis bonne à rien, je voudrais mourir. Je ne peux pas m'occuper de l'enfant, le laver, il est malpropre.» Puis, elle prenait son petit garçon dans ses bras, le caressait et le repoussait tout à coup, en disant: «Tout me fatigue, tout m'ennuie.»
Le sommeil devint irrégulier et se perdit tout à fait. Le 4 mai, son mari se réveille à 4 heures du matin, il trouve sa femme assise dans le lit, il lui demande si elle a dormi, elle lui répond: «Je ne peux pas: si tu savais quelle idée me passe par la tête, il faut que je te tue; c'est une idée qui me vient; que je suis malheureuse! Si je pouvais déchirer ce drap.» Et en parlant ainsi, elle chiffonnait et tordait les draps du lit, elle se frappait le front sur la muraille. Vers 7 heures du matin elle se calme, se lève, fait son ménage. À 9 heures une de ses amies vient la voir; dès qu'elle l'aperçoit elle la prend par le bras, la supplie de l'aider:—«Sauvez-moi, aidez-moi, lui dit-elle, tout le monde me déteste, je vois l'échafaud devant moi.» Elle dit au médecin: «Sauvez-moi, Monsieur, je sens que je perds la tête. Mon pauvre homme, que va-t-il devenir?»
Pendant huit jours, elle reste dans une profonde mélancolie; puis elle semble aller mieux, et le jour du meurtre, elle était même sortie pour se promener. À six heures elle rentra chez elle et prépara le dîner; son mari ne s'aperçut pas qu'elle fût préoccupée. L'enfant jouait dans la chambre avec un maillet en bois. À huit heures et demie, elle coucha le petit garçon, et l'embrassa. Le père qui avait à porter son travail de la journée chez son patron, crut pouvoir laisser sa femme seule, elle lui paraissait bien, il n'avait, nous dit-il, aucun pressentiment. À peine était-il parti que la femme M… prenait le maillet, et frappait à la tête son enfant endormi.
Tels sont les faits qui ont précédé le meurtre.
Dès le lendemain, la femme M… fut conduite à l'asile Sainte-Anne; c'est là que nous l'avons examinée à plusieurs reprises: nous reproduisons textuellement ses réponses, afin de leur laisser le caractère de sincérité qui nous a frappés.
—Comment vous appelez-vous?
—Sophie B…, femme M…
—Vous êtes allemande?
—Je suis née dans le duché de Bade.
—En quelle année?
—En 1823.
—Depuis quand êtes-vous à Paris?
—Depuis douze ou treize ans, je ne me rappelle plus bien.
—Vous êtes-vous mariée à Paris?
—Oui, Monsieur.
—Que fait votre mari?
—Il est confectionneur pour Dames.
—Étiez-vous heureuse, était-il bon pour vous?
—Très-heureuse, il était très-bon pour moi.
—Votre ménage était très-tranquille?
—Oui, très-tranquille.
—Avez-vous des enfants?
—Oui, j'en avais un, un fils.
—Qu'est-il devenu?
—Je l'ai fait mourir. (Cette réponse est faite avec le plus grand calme).
—Avec quoi l'avez-vous tué?
—Avec un martinet.
—Qu'est-ce qu'un martinet?
—C'est gros comme un manche en bois.
—Comment avez-vous fait?
—J'ai frappé sur sa tête avec ça.
—Combien de coups?
—J'ai frappé trois fois, je crois, très-fort.
—Pourquoi l'avez-vous frappé?
—Je ne l'aimais plus, sans cela je ne l'aurais pas frappé.
—Pourquoi ne l'aimiez-vous plus?
—Je l'aimais bien au commencement, puis, j'ai cessé de l'aimer. C'est cet hiver que cela m'a pris, je n'ai jamais été pareille; j'ai souffert tout l'hiver; il n'y avait pas d'ouvrage comme il devait y en avoir; j'étais toujours chagrine, toujours triste, il m'est venu cette idée comme ça de le frapper pour le tuer.
—Pourquoi? pour vous en débarrasser?
—Oui je voulais m'en débarrasser.
—Aviez-vous de la peine à le nourrir?
—Non, ce n'était pas une charge. Ça m'est venu de le tuer. Je savais bien que c'était mal, mais je me suis dit: «On va me tuer après». J'avais déjà pensé à me tuer depuis cet hiver, mais pas mon enfant. Je me sentais malheureuse, sans motif de l'être.
—Vous n'avez jamais été maltraitée par votre mari?
—Oh non, au contraire.
—L'enfant n'était pas méchant?
—Oh non.
—D'où venait votre tristesse?
—J'ai eu un mal au pied. Je ne suis pas sortie de l'hiver; j'étais toujours triste, mon mari me disait de sortir, je ne voulais pas. Avant l'hiver je n'étais pas comme cela.
—Y a-t-il eu d'autres époques dans votre vie où vous avez été
triste?
—Oui, j'ai été une fois très-triste, à la mort de mon premier
enfant.
—À ce moment-là, avez-vous eu la pensée de vous faire mourir?
—Non, pas cette fois-là.
—Cette pensée de tuer l'enfant est-elle venue tout à coup?
—Non, je l'ai eue plusieurs jours, je me disais, il ne faut pas, c'est mal.
—Quand vous le voyiez, l'idée de le frapper vous revenait-elle?
—Oui, pour la plus petite chose, j'avais envie de le frapper.
—Avez-vous essayé de vous tuer vous-même?
—Oui, cet hiver, j'ai voulu me jeter par la fenêtre, je l'ai ouverte et je me suis dit: «il ne faut pas faire cela.»
—Aviez-vous peur de vous blesser sans vous tuer?
—Oui, je me disais, je ne vais pas me tuer, je vais rester accrochée.
—À quel étage demeuriez-vous?
—Au troisième sur la rue.
—Vous rappelez-vous à quelle époque?
—Non, je ne me souviens plus bien.
—Est-ce la seule fois que vous aviez voulu vous tuer?
—Non, cette pensée-là m'est venue plusieurs fois.
—Quand vous avez frappé l'enfant, qu'avez-vous éprouvé?
—Quand l'enfant a été mort je me suis dit: «Ça n'est pas bien, puis je me disais aussi: Mon Dieu, je voudrais bien qu'il ne souffre pas longtemps.»
—Qui est-ce qui est venu chez vous après cela?
—Un monsieur qui demeure chez nous; je lui ai dit: «J'ai tué l'enfant.» J'étais agitée, je ne pouvais presque pas parler. Le monsieur m'a dit; «Vous, une si bonne mère,» et il est parti chercher le médecin.
—A-t-il envoyé quelqu'un près de vous?
—Oui, puis le médecin est venu, et après, on m'a conduite au poste.
—À quelle heure est-ce arrivé?
—C'est après que mon mari a été parti, vers 8 heures et demie.
—Quel jour était-ce?
—Il y a aujourd'hui huit jours.
—Qu'est-ce que vous avez fait depuis?
—J'ai raconté cela comme à vous à des messieurs, je ne me rappelle pas où.
—Où êtes-vous ici?
—On m'a dit à Sainte-Anne.
—Qu'est-ce que cette maison?
—C'est une maison de santé.
—Quelle espèce de malades y a-t-il?
—Ceux qui ont la tête dérangée.
—Et vous, est-ce que vous avez la tête dérangée?
—Je n'ai pas la tête dérangée, mais je ne peux plus réfléchir comme autrefois. Je me rappelle que cet hiver j'ai senti comme tous les fils cassés dans ma tête, pendant cinq minutes; je me rappelle très-bien cela. J'étais comme perdue tout à fait. J'étais toute seule, c'était à la nuit; le lendemain, j'ai dit à mon mari: «je suis comme une imbécile, je ne sais plus faire ce que je faisais;» j'étais toute étourdie; c'était avant l'hiver que ça a commencé.
—Avez-vous eu d'autres fois l'idée de tuer quelqu'un?
—Oui, une fois, le matin avant 5 heures; je ne pouvais pas dormir, j'étais toute agitée, j'étais couchée à côté de mon mari qui dormait; je l'ai tiré par sa manche pour le réveiller, et je lui ai dit que j'avais de mauvaises idées, que je voulais le tuer.
—Et l'hiver précédent, comment étiez-vous?
—L'autre hiver, j'ai été prise comme cela, je ne pouvais plus lire, j'aimais bien lire autrefois.
—Etes-vous très-malheureuse de la mort de votre enfant?
—Oh oui, très-malheureuse, j'ai mal fait. (Ceci est dit avec la plus grand calme, sans apparence d'émotion.) Mais je n'ai pas pu pleurer. Autrefois je pleurais pour un rien, maintenant je ne peux plus du tout; j'étais très-sensible, on se moquait de moi parce que je pleurais quand je lisais quoique chose; je ne suis plus sensible du tout maintenant.
—Vous rappelez-vous ce qui s'est passé le jour où vous avez tué
l'enfant?
—Je ne me rappelle pas tout, mais bien des choses. J'ai frappé sur
sa tête avec un martinet en bois.
—Quand vous avez, cessé de frapper vivait-il encore?
—Oui, il remuait, mais je pensais tout de même qu'il était mort,
je ne voulais pas le faire souffrir.
—Dans les nuits qui ont précédé, avez-vous entendu des voix qui
vous disaient de le tuer?
—Non, je ne pensais pas à le tuer avant, je l'aimais bien, et son père aussi. C'est dans l'hiver que je me suis trouvée très-malheureuse que l'idée m'est venue, je la repoussais, et elle est revenue, je ne sais pourquoi.
—Êtes-vous bien sûre de n'avoir pas entendu des voix qui vous disaient: «Tue-le»?
—Non, jamais.
—Et pour votre mari?
—Non plus; je n'ai jamais pensé à tuer quoiqu'un avant cet hiver; c'est moi-même que je voulais tuer.
—Vous n'avez pas pu résister à votre idée de tuer l'enfant?
—Non.
—Dans cette journée-là, vous ne vous rappelez pas d'avoir eu des bruits dans les oreilles, des étourdissements?
—Non, pas des étourdissements, mais j'avais mal à la tête, je n'avais plus de mémoire, j'oubliais les objets, une fois je pensais à une chose, et puis j'oubliais, je pensais à une autre. Quelquefois je me souviens de mon enfant, je me dis que je l'ai tué, que c'est très-mal, et puis je n'y pense plus.
L'idée me vient que j'ai rendu mon mari malheureux, qu'il ne méritait pas cela, parce que c'est un brave homme, et puis tout d'un coup je n'y pense plus.
—Quand vous y pensez, l'avez-vous devant les yeux?
—Non, je ne le vois plus bien, je ne me rappelle plus sa figure, je l'aimais pourtant bien.
—De quelle couleur étaient ses cheveux?
—Bruns.
—Quel âge avait-il?
—Quatre ans le 28 juin.
—Depuis que vous êtes ici, que faites-vous?
—Je ne fais rien, je ne peux pas travailler. Depuis longtemps je suis comme cela, c'est ça qui m'a emmenée dans ces idées là. Je croyais que je ne pourrais plus travailler autant; j'étais très-faible, je ne pouvais plus aider mon mari. Cela me faisait désirer de mourir, me faisais des reproches pour tout, pour tout.
—Avez-vous revu votre mari?
—Oui, il est venu dimanche, c'est la première fois que j'ai pu pleurer un peu. Il a été très-bon pour moi, mais je n'ai pas pleuré depuis, je ne peux plus réfléchir.
À toutes nos visites, la femme M…, s'est montrée la même. Son état ne s'est pas modifié depuis son entrée.
Sa physionomie est triste, toute son attitude est celle d'une lypémaniaque. Elle s'isole, ne parle jamais, ne recherche aucune occupation; elle dit qu'elle est incapable de tout travail. Ses idées sont très-confuses. Elle essaye de ressaisir quelques souvenirs, ils lui échappent, et elle reste dans un état d'incertitude, de vague, dont parfois elle a conscience. Depuis longtemps déjà sa mémoire est profondément troublée; elle s'inquiétait de son état. Son regard est sans expression, son visage impassible. Notre présence lui est presque indifférente, elle ne songe pas à nous demander ce que nous venons faire auprès d'elle. Nos questions réveillent en elle des souvenirs qu'elle n'eût pas retrouvés seule. «Quand on me dit les choses, je me souviens, répond-elle,» et, c'est parfois avec un peu d'hésitation, mais toujours avec une extrême sincérité qu'elle nous donne des détails sur les faits passés. Elle n'essaie pas d'excuser le meurtre qu'elle a commis, elle ne cherche pas même à donner une explication de cet acte qu'elle dit regretter aujourd'hui, elle a tué parce qu'elle a été poussée à tuer, et qu'elle a été dominée par une irrésistible impulsion. Elle s'est servie du maillet avec lequel l'enfant avait joué dans la soirée, parce que cet instrument s'est trouvé là, sous ses yeux, sous sa main. À ce moment, elle n'a pas eu la pensée qu'elle serait condamnée à mort après avoir tué son enfant, elle a été fatalement poussée au meurtre. Depuis plusieurs jours elle nourrissait cette idée, elle avait pu jusqu'alors la repousser; elle l'avait combattue, et elle a fini par y céder. Il est arrivé chez elle ce qui arrive chez ces malades, la préoccupation délirante a dominé tout à coup ses sentiments, sa volonté, et elle n'a pas été capable de résister à l'impulsion. La femme M… est atteinte d'un accès de délire mélancolique, des longtemps préparé, et dans lequel la lutte contre les idées d'homicide et de suicide a été longue. «Aidez-moi, sauvez-moi, je vois l'échafaud devant moi, disait-elle.» Elle a été vaincue, et rien n'a manqué pour caractériser aussi complètement que possible l'acte délirant. Elle a éprouvé le sentiment comme d'une détente après avoir tué; elle est restée calme, au milieu de l'émotion de tous ceux qui l'entouraient; à ce moment, elle n'avait ni regrets, ni craintes; seule, elle est restée impassible. Elle s'approche du berceau de l'enfant, elle veut le toucher pour voir s'il est mort. «Je ne voudrais pas qu'il souffre trop longtemps, dit-elle.» Elle le regarde, les yeux secs, et comme on lui demandait pourquoi elle, une si bonne mère, elle avait frappé l'enfant qu'elle aimait tant, elle répond:
«C'est moi qui ai fait cela, je ne sais pas pourquoi; je ne voulais
plus vivre.»
De ces faits, de l'examen attentif et prolongé auquel nous nous
sommes livrés, nous nous croyons autorisés à conclure que:
1° La femme M…, née Sophie B…, était atteinte d'un accès de délire mélancolique avec impulsions homicides et suicides le 12 mai 1808;
2° L'accès n'est pas encore terminé aujourd'hui, et s'il est vrai que la femme M… a pu répondre d'une manière assez précise aux questions qui lui étalent adressées par nous, il est vrai aussi qu'en prolongeant l'examen, nous avons constaté un affaiblissement évident de la mémoire, de la confusion dans les idées, et provoqué une véritable fatigue.
3° Cet accès dont le début remonte à quelques mois et qui dure encore aujourd'hui, avait été précédé, en 1868, d'un accès analogue dont les traces n'avaient jamais complètement disparu.
Nous déclarons donc que la femme M… est depuis longtemps aliénée, qu'elle ne saurait être considérée comme responsable de ses actes, et qu'elle doit être maintenue dans un asile spécial.
Paris, le 20 juillet 1868.
Signé: CH. LASÈGUE, A. MOTET, É. BLANCHE.
Ce fait est un de ceux qui viennent le plus manifestement à l'appui de la proposition que je cherche à établir dans ce travail. On peut y suivre les progrès du mal, depuis le premier accès jusqu'à la crise finale.
D'abord, de simples préoccupations mélancoliques, sans idées apparentes de suicide; puis une tendance habituelle à la tristesse, mais sans délire. Enfin, survient la crise qui s'est terminée par le meurtre, et dans le cours de cette crise, les pensées de suicide se montrent les premières, mais jamais assez dominantes pour déterminer une tentative sérieuse; à ces pensées de suicide, succède l'idée de meurtre; la femme M… avoue à son mari qu'elle a le désir de le tuer; l'impulsion est encore assez faible pour que la malade n'y cède pas; enfin, le mal monte, la surexcitation cérébrale augmente, et l'impulsion devient irrésistible; la femme M… tue son enfant.
Le processus morbide est ici des plus clairs, des plus éclatants, et l'enseignement que ce fait porte en lui-même me paraît sans contestation possible. Conformément à nos conclusions, une ordonnance de non-lieu est intervenue, et la femme M… a été maintenue dans un asile d'aliénés.